Intervention du président de la FFMPS devant la Conférence des Présidents d’Université le jeudi 26 juin 2014.


Je vous remercie de me donner l’occasion de m’exprimer devant vous.


Médecin dans le département de l’Ain, acteur d’une maison de santé, je suis président de la Fédération Française des Maisons et Pôles de Santé. Cette fédération est une sorte de laboratoire de recherche et de développement de l’organisation des soins primaires. Elle soutient des équipes en désir de changement dans les régions.

L’organisation des soins primaires en France comme dans les autres pays industrialisés, connait une évolution rapide. Passage de l’exercice isolé vers l’exercice regroupé, passage de la seule offre de soins à une patientèle à la prise en compte de la santé d’une population sur un territoire.

D’une petite dizaine d’équipes exerçant en maisons de santé en 2006, nous allons dépasser le millier en 2015. Par maison de santé, il est entendu une équipe de soins primaires exerçant avec :

  • un système d’information partagé,
  • un projet de santé pour une patientèle,
  • des protocoles de suivi coordonné pour certaines pathologies
  • et des plans personnalisés de soins pour les patients aux situations complexes.

L’augmentation du nombre de ces équipes tient en grande partie à la demande de la jeune génération de travailler en équipe. Mais aussi à l’augmentation des pathologies chroniques, et à la recherche d’une meilleure qualité de vie des professionnels de santé.

Quelles en sont les implications sur la formation ? Et particulièrement sur ces deux sujets : nouveaux métiers et formation du médecin traitant.

Concernant les nouveaux métiers de la santé

Pour environ 10% des patients suivis en soins primaires, les professionnels de santé se trouvent confrontés à des situations complexes. Que cette complexité soit de cause organique, psychologique, sociale voire environnementale. Face à cette complexité, le médecin a des difficultés à assurer le suivi nécessaire de ce patient. De nombreuses publications ces dernières années démontrent la plus-value de l’exercice regroupé en équipe de soins primaires que ce soit en France ou ailleurs. Cet exercice regroupé améliore l’accessibilité, et l’efficience des soins délivrés. Elle organise donc mieux le parcours de soins et diminue l’inégalité de l’accès aux soins.

Depuis 2010 en France, 150 équipes ont bénéficié d’une rémunération d’équipe appelée ENMR pour expérimentation de nouveaux modes de rémunération. Nous avons observé ce que ces équipes inventaient comme modèles organisationnels.

Le premier poste créé est celui de coordination de l’équipe. Nous pouvons définir ce poste d’une manière générale. Les 3 fonctions les plus fréquentes sont :

  • animation de l’équipe,
  • relation à l’éditeur du SI,
  • relations extérieurs dont ARS.

A ces 3 fonctions peuvent s’en ajouter d’autres selon les équipes. Comme par exemple la gestion des ressources humaines.

Le profil du cursus des premières personnes assumant ces fonctions sont de niveau bac + 5, master 2. Elles viennent plus souvent du social que du médical. Avec des compétences en management.

Le deuxième poste créé est celui d’infirmière clinicienne.

Les fonctions liées à ce poste sont :

  • activités de prévention,
  • suivi de cohorte de patients,
  • promotion de la santé sur le territoire,
  • éducation thérapeutique pour n’en citer que quelques-unes.

L’association ASALEE qui a développé des postes de ce type depuis plusieurs années en France sert largement d’exemple.

Ces deux postes se développent auprès des équipes de soins primaires.

Des postes similaires de coordination se développent aussi auprès des plateformes territoriales, ou plateformes d’appui. Par plateforme territoriale ou d’appui, nous entendons un regroupement plus large de professionnels de santé centré sur un territoire et sur une population plus large. La maison de santé est centrée sur une patientèle, la plateforme d’appui sur une population et sur un territoire.

Cette plateforme mutualise ce qu’il est difficile de développer dans une maison de santé pour des raisons de file active insuffisante. Par exemple,

  • l’éducation thérapeutique des patients,
  • les relations aux hôpitaux du secteur, aux EHPAD, aux structures pour patients porteurs de handicaps, et aux services sociaux.

C’est à partir du travail de ces plateformes d’appui existantes que nous voyons aujourd’hui s’organiser des filières de soins entre soins primaires et autres structures. Ces plateformes ont besoin de compétences pour des postes de coordination, mais aussi de professionnels formés à l’éducation thérapeutique, voire dans l’avenir des gestionnaires de cas ou encore de DIM en soins primaires si nous voulons pouvoir exploiter les données des systèmes d’information des équipes de soins primaires.

Nous avons commencé une réflexion sur fiches de poste et listes de compétences de ces nouveaux métiers. Un très récent séminaire nous réunissant avec HAS et EHESP nous a permis de poser ces lignes pour réfléchir au modèle des formations à venir. Nous avons besoin de formations en e-learning pour ces nouveaux métiers. Et d’équivalences universitaires des diplômes.

Concernant la formation du médecin traitant

La formation du médecin se destinant à la médecine générale, médecine des soins primaires en équipe nécessite l’acquisition de nouvelles compétences.

  • De travailleur isolé, il travaille en équipe pluriprofessionnelle.
  • Il doit s’impliquer dans le travail coordonné.
  • Il doit savoir utiliser un SI et saisir des indicateurs qui permettront d’éditer des données facilitant la pratique d’audits réguliers de l’équipe.
  • Il doit être en capacité de réguler les flux de demandes de soins pour assurer l’accessibilité de la population.
  • Il doit savoir impliquer les patients dans les soins.

A la suite d’une réflexion à la FFMPS sur ce qui définit la qualité d’une équipe en soins primaires, nous avons trouvé beaucoup de travaux dont le Maturity Matrix d’Elwyn. Après un travail de quelques mois animé par la Haute Autorité de Santé, nous sommes arrivés à produire un référentiel d’analyse et de progression d’une équipe en soins primaires reposant sur 4 dimensions :

  • projet de santé et accessibilité,
  • système d’information,
  • travail en équipe,
  • implication des patients.

A la suite d’un séminaire début juin, 33 maisons de santé viennent de se lancer dans un test de cette grille. Nous en saurons bientôt plus sur la faisabilité et la pertinence de cet outil.
Je pense que les Universités devraient se pencher sur cette grille qui permet de définir les compétences complémentaires à la formation des futurs médecins des soins primaires.
Pour résumer cette présentation, je reviens sur ce double constat :

  • Les sondages répétés nous montrent que 80 % de la jeune génération privilégie l’exercice regroupé en pluriprofessionnel
  • Les professionnels des soins primaires sont confrontés à des patients porteurs de situations complexes, de maladies chroniques, de comorbidités multiples. L’autonomie de ces patients est de plus en plus compromise nécessitant un travail d’équipe autour de lui et à son domicile.

Ce double constat nous oblige à fournir de nouveaux services aux patients. Qui dit nouveaux services dit nouveaux métiers, d’abord autour du patient (équipe de soins primaires en action coordonnée) et ensuite autour de l’équipe des professionnels (fonction de coordination et infirmière clinicienne).

Les conséquences sont donc importantes sur la formation initiale de toutes les professions de santé et pas seulement sur celle du médecin généraliste. Les axes de la matrice de maturité ou référentiel d’analyse et de progression pourraient servir utilement à cette démarche.

Je vous remercie de votre attention.

Pierre DE HAAS

Edito

Par Pascal Gendry, président de la FFMPS

Le 20 avril 2017, une large majorité de syndicats représentatifs des professionnels de soins primaires a signé l’Accord Conventionnel Interprofessionnel avec l’Assurance Maladie.

Après l’Expérimentation des Nouveaux Modes de Rémunération et deux années de Règlement Arbitral, cet accord conventionnel permet la reconnaissance du travail des équipes des Maisons de Santé pluriprofessionnelles en le rendant pérenne. La mise en place et le développement des actions inscrites dans le projet de santé de ces équipes s’en trouvent facilités, avec des objectifs consolidés d’amélioration de l’accès aux soins et de travail en équipe coordonnée...Lire la suite

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