A propos de la médecine libérale de proximité PDF Imprimer Envoyer

Le 01 juin 2010

NOTE A PROPOS DE LA MEDECINE LIBERALE DE PROXIMITE

Pour la mission confiée par le Président de la République au Docteur Elisabeth HUBERT

Quelques constats

 

  • Une grande proportion des médecins libéraux semblent atteint d'une lassitude dans leur exercice. L'anglicisme à la mode est "burn out".
  • La répartition territoriale des professionnels de santé des soins de premier recours pose un souci du fait de son hétérogénéité. Des élus territoriaux s'inquiètent des difficultés d'accès aux soins dans certaines zones géographiques.
  • L'installation des internes en médecine en libéral est rare, estimée à 10%.
  • La majorité de l'exercice médical est isolé (60%).
  • L'organisation de la santé publique est multiforme, ce qui diminue son efficacité.

 

 

 

Maisons et pôles de santé : mode ou changement durable ?

 

Un mouvement qui ne semble pas s'arrêter

Le regroupement de professionnels de santé des soins de premier recours est en vogue. Des inaugurations chaque mois dans la presse, des centaines de projet en cours.

Rien que dans l'Ain, 30 projets répertoriés en partenariat avec le Conseil Général.

Plus de 80 projets connus en Rhône-Alpes.

Des créations de fédérations régionales en cascade : d'abord Franche-Comté et Rhône-Alpes, puis Bourgogne et Lorraine en 2009, puis Nord Pas de Calais, Auvergne, PACA, Midi Pyrénées en 2010. D'autres régions sont en constitution.

 

 

Les raisons d'un engouement pour les médecins libéraux :

Une simplification du travail grâce à l'embauche de personnel

Le regroupement de médecins, comme celui des autres professionnels de santé, pose les bonnes questions d'organisation du travail. L'embauche de personnel de secrétariat aboutit à un recentrage des professionnels sur leur travail de soignants.

Et donc à une amélioration des conditions de vie personnelle.

 

Un intérêt nouveau pour un travail diversifié

Le regroupement des professionnels en "équipe de soins de premier recours" pose rapidement les questions concernant projet de soins et projet professionnel. Les réunions d'échanges, réunions de coordination, les projets d'éducation thérapeutique, les réflexions sur la coopération fleurissent et provoquent un nouvel intérêt pour l'exercice.

Exercice qui s'enrichit en passant du seul soin à la prise en compte de la santé de la patientèle.

 

Les raisons d'un engouement pour les collectivités territoriales

Une assurance sur l'avenir

Le regroupement de professionnels de santé sur un territoire assure à la fois la pérennité d'une organisation sanitaire, et une meilleure accessibilité aux soins pour la population.

 

 

Les raisons d'un engouement pour les jeunes médecins internes

Les jeunes internes ont une appétence particulière pour le travail regroupé en maison de santé pluridisciplinaire (MSP). Si seulement 10% des médecins formés semblent s'installer, ce sont près de 50% des internes passés en MSP qui s'installent dans les 3 ans qui suivent.


Cependant…

 

Il serait dommage que ces MSP ne soient que des regroupements

Il existe une opportunité d'utiliser ce mouvement de regroupement et cette motivation des professionnels pour moderniser l'exercice des médecins et des autres professionnels de santé libéraux.

 

Le surcout de fonctionnement

Un frein le plus souvent évoqué par les professionnels est le surcout provoqué par le fonctionnement en maison ou pôle de santé (plus de temps de coordination, surcoût des locaux et des salaires).

 

Les soucis de management d'équipe et à la santé

Les professionnels de santé ne sont guère préparés à travailler en équipe et à aborder les enjeux de santé publique qui sont devant eux. Management d'équipe regroupée, management de la santé sur leur territoire demande des savoirs qu'ils n'ont pas toujours.

 

 

 

 

Suggestions de la FFMPS

pour des évolutions structurelles

 

 

1 – Modifier les modèles de rémunérations

 

Si le paiement à l'acte a permis après guerre de développer une médecine de proximité, ce mode de rémunération ne peut répondre aujourd'hui à toutes les missions des médecins et autres professionnels de santé de proximité. Le paiement à l'acte permet le soin, mais ne peut répondre aux activités de prise en compte de la santé de la patientèle dans une approche de type santé publique comme les temps de coordination, les actions de dépistage et de prévention, l'éducation thérapeutique, les campagnes de sensibilisation, les actions auprès des populations en précarité.

 

L'expérimentation des nouveaux modes de rémunération et son extension sont des bonnes pistes. Il faut pousser encore plus loin des expérimentations de rémunérations tenant compte du nombre de patients inscrits auprès des médecins sur des cahiers des charges.

 

Le cahier des charges devra exiger au minimum :

-       un système d'information pertinent (cf. point 2)

-       une protocolisation des soins reposant sur des recommandations validées

-       la réalisation d'une coordination entre les professionnels

-       le développement d'une éducation thérapeutique pour les pathologies chroniques

 

Nous suggérons des rémunérations forfaitaires proportionnelles au nombre de patients suivis, accessibles aux professionnels volontaires travaillant de manière regroupée, sur respect d'un cahier des charges.

 

 

 

2 – Moderniser l'exercice par les systèmes d'information

 

Les dossiers médicaux informatisés dans les cabinets ne sont pas des outils en phase avec ce qui se passe ailleurs. Les professionnels libéraux les utilisent au minimum des possibilités ouvertes, ce qui les rend peu crédibles au regard des autres professions et aux yeux des pouvoirs publics. Ils n'ont pas encore pris en compte la mutation des systèmes d'information et les possibilités ainsi offertes pour le bien public.

Ces outils sont plus utilisés comme des outils de prises de note, ou de facturation (Sesam Vitale) qu'au service de la santé des populations.

 

Redonner une image positive et moderne de la médecine libérale passera par une modernisation des systèmes d'information dans les cabinets médicaux.

 

Cette évolution devra comprendre au minimum les éléments suivants :

-       La capacité à produire un document de synthèse par l'équipe de soins libérale de premier recours

-       L'externalisation des données

-       Le partage des données en interprofessionnel et sur un territoire donné

-       La capacité à extraire et à produire des données sur la patientèle

 

Cette modernisation nécessaire, outre qu'elle peut donner une image moderne des médecins libéraux de proximité, permettra de tisser de nouveaux liens entre acteurs des soins de proximité et pouvoirs publics à travers la gestion des données produites.

 

Nous suggérons que les aides financières prévues (FIQCS, CPOM) soient orientés en priorité vers la modernisation des systèmes d'information des cabinets regroupés en maisons et pôles de santé.

 

 

 

 

3 – Former les libéraux au management de la santé

 

Pour moderniser l'exercice de la médecine de proximité, il faut en avoir les compétences. Or le médecin libéral français à ce jour, s'il est un excellent soignant, est aussi le plus souvent un piètre manageur. Le "burn out" des médecins généralistes démontre leur difficulté à s'organiser et à organiser les soins des populations autour d'eux. Les jeunes internes en stage ne montrent qu'une appétence très limitée aux problèmes d'organisation des cabinets, des équipes et des programmes de soins et de santé.

 

La modernisation de la médecine de proximité passera par la formation des médecins et infirmiers des équipes de proximité à des compétences de manageur de la santé dans leurs maisons médicales, maisons de santé, ou pôles de santé, et sur des territoires de regroupement de professionnels et de patientèles.

 

Cette modernisation nécessaire ne pourra se faire qu'à certaines conditions :

-       La création de modules de formation tant à l'Université qu'en DPC

-       L'évolution des modes de rémunérations vers des forfaits structurels des regroupements permettant le financement de cette fonction

-       La reconnaissance d'un nouveau statut libéral de "médecin manageur de santé"

 

Nous suggérons une extension des thèmes de financements retenus par l'OGC vers des modules de formation au management d'équipe de santé.

Et nous suggérons un module de formation au management de la santé lors de l'internat en médecine générale.

 

4 – Permettre une nouvelle organisation territoriale des professionnels de santé de proximité

 

L'approche territoriale sanitaire et sociale des pouvoirs publics, particulièrement des ARS, ne donne pas beaucoup de perspective à l'exercice libéral isolé et individuel. Pour donner la possibilité aux libéraux d'assumer la santé des populations, plutôt que de la laisser s'échapper par briques successives (prévention organisée, dépistage organisé, etc..) il faut leur donner la possibilité de s'organiser sur les territoires.

 

La ou modernisation de la médecine de proximité passera par la possibilité de créer des groupements sanitaires de libéraux sur les territoires.

 

Cette modernisation nécessaire ne pourra se faire qu'à certaines conditions :

-       La création d'un statut de GCS-PLS "groupement de coopération sanitaire de professionnels libéraux de santé", en dehors d'établissement de santé

-       Laisser les libéraux se grouper en GCS-PLS dans les territoires, selon leurs affinités ou leurs secteurs de PDS, et non selon des notions territoriales administratives

 

Nous suggérons de supprimer la phrase : "Un des membres au moins du groupement de coopération sanitaire doit être un établissement de santé" du 2°, 2° alinéa de l'art. L6133-1 du Code de la Santé Publique pour permettre la création de GCS-PLS.

 

 

 

Docteur Pierre DE HAAS

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Président de la FFMPS

Le 01 juin 2010

 
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